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■ 1919 La Naissance de Pébéo : une esquisse prometteuse

C’est en 1919, sur les terres de Provence, que débute l’histoire de Pébéo Établie à Saint-Marcel, à l’est de Marseille, l’usine est alimentée par le canal du Béal, force motrice qui sera à l’essor de la jeune entreprise d’une vingtaine d’ employés. La compagnie française de produits chimiques se nomme alors “La Pébéo”, d’après la molécule utilisée pour la production de peinture, le protoxyde de plomb, dit “Pbo”. À cette époque, les peintures prêtes à l’emploi ne sont pas encore de ce monde : les pigments n’existent qu’à l’état de poudre, et ne sont destinés qu’aux professionnels.

■ « La Pébéo » ou « La PbO » ?…

Tout d’abord, le plomb « Pb » est fondu dans des coupelles pour être oxydé en PbO, puis en Pb3O4, le minium, un pigment artificiel. Connu depuis l’Antiquité, de couleur orangé, c’est un tétraoxyde de plomb. Selon Pline l’Ancien, il est appelé aussi mine orange.
C’est la chaleur dégagée par l’incendie accidentel d’un entrepôt de céruse qui lui conféra cette belle teinte orangée.
Ce procédé de « chauffe », aujourd’hui maîtrisé, est encore utilisé.

■ 1922 : L’APPEL DE LA COULEUR

1922 marque un premier tournant pour Pébéo avec l’arrivée de Claudius Chaveau. Originaire de Lyon, où il a suivi des études de chimie, Claudius Chaveau fait ses armes dans l’industrie de soierie familiale, puis dans les laboratoires des frères Lumière. Jeune ingénieur visionnaire, il est contacté par l’administrateur de La Pébéo (Dubost), et en deviendra le directeur général en l’espace de quelques années seulement. Animé par le dépassement scientifique et l’inventivité, au service de la création, Claudius Chaveau insuffle à la jeune entreprise ses valeurs fondatrices, désormais transmises de père en fils au fil des générations.

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■ 1927 : LA PROSE DES COULEURS

Tous les matins, dans des claquements de courroies, la roue à aubes de la fabrique marseillaise se met en marche : les blocs de baryte sont réduits en une poudre si fine qu’elle en devient presque impalpable. Ingéniosité alchimique, c’est sous le poids de lourdes meules en porphyre que la magie de la couleur s’opère. Lentement et consciencieusement, les monstres machines mélangent, écrasent et lustrent pigments et baryte, les transformant peu à peu en couleurs homogènes et éclatantes.  
C’est aussi l’ère des encres flexographiques et du Mastic, respectivement destinés à l’impression des emballages de café et aux droguistes, vitriers et peintres en bâtiment. Si leur fabrication cessera au début de la Guerre, c’est avant tout par manque de matière première, car leur élaboration répond avant tout à la demande des clients d’antan, une proximité avec le public qui demeurera au cœur de la philosophie de Pébéo.

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■ 1929 : LE SENS DE LA DECOUVERTE

À l’aube des années 30, alors que la peinture est encore une affaire d’artisans, Pébéo se tourne déjà vers la recherche. Claudius Chaveau dote l’usine de nouveaux procédés de fabrication qui lui permettront de contourner les aléas de la spéculation sur le cours du plomb métal. Toutes les anciennes fabrications sont remplacées par celles des pigments de “jaune et orange de chrome”, un pigment de forte densité qui manquait jusqu’alors à la palette des peintres, et qui deviendra un outil incontournable dans la peinture impressionniste. Les pigments de cadmium et les laques font aussi leur apparition, tout comme le broyage de couleurs en poudre destinées à l’industrie des peintres en bâtiments.  En parallèle, Claudius Chaveau entreprend de créer des peintures résistantes aux conditions extrêmes, en étudiant la résistance des pigments en atmosphère saline, aux rayons du soleil et aux conditions sous-marines. Tous ces essais, bien que non-concluants, permettront à l’entreprise de développer des produits destinés à la signalisation et à la publicité.

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■ 1934 : LA COULEUR A EMPORTER

Pendant des siècles, artistes et artisans préparaient eux-mêmes leurs couleurs, à partir des pigments développés par les rares maisons de peinture. Long et contraignant, ce procédé consistait à empâter les couleurs, les laisser infuser, puis une fois diluées, à les passer au tamis. Mais du dosage au liant, en passant par l’indigence de leur finesse, la méthode était chronophage, approximative et dénuée de moyen de conservation. En 1934, Pébéo met alors au point les premières couleurs “prêtes à l’emploi”, et déclenche au passage une véritable révolution. À l’origine destinés à la peinture en bâtiment, les tubes de peinture à l’huile permettent aux commerces d’antan d’afficher leurs couleurs dans les rues du pays, et à Pébéo de forger sa réputation. Proposés dans 15 couleurs exclusives, ces tubes “prêts à l’emploi” séduisent rapidement les artistes, et sans le savoir, Pébéo fait son entrée dans le monde de l’art

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■ 1935 : L’ERE DES PIGMENTS ORGANIQUES

Apparus dans le courant du 19e siècle, les pigments organiques (de synthèses) prennent de l’essor, remplaçant peu à peu les pigments minéraux. Dès 1935, La Pébéo se tourne vers cette chimie d’avenir, et la fabrique de Saint-Marcel s’imprègne du parfum du Béta-naphtol. La vapeur fuse dans les chaudrons de l’entreprise, où goudron de houille, benzène, naphtalène et anthracène sont distillés afin de devenir pigments organiques : une vaste gamme de couleurs voit le jour.  L’année 1935 annonce aussi le début de l’aventure familiale, lorsque le jeune Robert Chaveau découvre les rouages du métier dans les pas de son père Claudius. Qu’à cela ne tienne s’il ne parvient à maîtriser le lourd mortier, inondant son tablier de peinture ! Cette première expérience suffit à attiser sa passion de la couleur, scellant ainsi son destin à celui de l’entreprise. 

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■ 1940  : LA COULEUR POUR TOUS

À l’avènement de la guerre, l’industrie toute entière souffre d’une pénurie de matière première. Avec l’aide de son ami Mario de Andreis qui lui souffle l’idée, Claudius Chaveau conjugue chimie et artisanat, en développant les premières pastilles de couleurs. Pauvre en matière première, ce procédé par voie sèche est synonyme de nouveaux horizons pour Pébéo. Destinées aux enfants, ces pastilles sont présentées sous forme de palettes miniatures en carton ou dans de petites boîtes métalliques, qui marqueront une génération entière. 

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■ 1948  : GODETS GOUACHE ET AQUARELLE

Le début des années 50 est synonyme d’une nouvelle aventure pour Pébéo, qui introduit sa gamme scolaire. De la formulation à la fabrication, c’est une toute nouvelle chimie que la maison inaugure. Riches en pigments, offrant une texture et un rendu remarquables, les godets sont un véritable succès. Ils sont rapidement suivis par les gouaches en tube, pour le plus grand plaisir des élèves comme des professeurs de dessin. C’est à cette même époque que Pébéo investit pour la première fois la peinture à l’aquarelle, développée avec l’assistance technique et artistique de l’aquarelliste Charles Blocteur.

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■ 1949  : AVANT-GARDISME

Dans sa quête de la couleur, Robert Chaveau commence son parcours initiatique au Péano, un lieu emblématique de Marseille, où les peintres reconnus côtoient les artistes en devenir. Il y fait la rencontre de Pierre Ambrogiani, René Seyssaud, ou encore Jean Saussac. À leur contact, Robert met au point une nouvelle formule, correspondant à leurs besoins : la “Super Détrempe”. Souple d’utilisation, forte en pigments, au séchage rapide et à la texture proche de l’huile, la “Super Détrempe” convainc rapidement de nombreux peintres. Pourtant, le succès commercial n’est pas au rendez-vous et, victime de son avant-gardisme, la marque est contrainte d’abandonner son développement. Ce n’est que 29 ans plus tard qu’un produit semblable apparaîtra sur le marché : l’acrylique.

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■ 1950 . L’éveil de Pébéo

Claudius Chaveau fait la rencontre de Célestin Freinet, instituteur et initiateur de l’Ecole Moderne, dont la pédagogie est basée sur l’éveil de l’enfant. Ce dernier s’était par le passé essayé à l’encollage des couleurs en poudre avec de la gomme arabique, avait tenté de les plastifier, ou encore de les délayer en y ajoutant du produit vaisselle. Las de ne pas obtenir le résultat escompté, il se rend jusqu’à l’usine de Pébéo, afin d’en rencontrer le directeur. Ensemble, ils imaginent un nouveau type de gouache : la gouache liquide. Plus élaborée que sa version poudre, elle est aussi beaucoup plus pratique à utiliser, car sans préparation. Conditionnée en larges contenants, elle s’avère parfaitement adaptée aux cours de peinture et à l’emblématique expression libre de l’Ecole Moderne. Le dialogue entamé entre les deux hommes ne cessera jamais : leur entente sera à l’origine de l’éveil artistique de milliers d’écoliers, et sera décisive dans l’histoire de Pébéo

 

■ 1952-1953 : Le monde de la couleur fine

En 1952, une nouvelle rencontre vient sceller le destin de Pébéo. Peintre et galeriste de renom, Armand Drouant est aussi fabricant de couleurs fines à l’huile. Mais si des artistes tels que Braque, Gromaire, Soutine, Buffet et Van Dongen se succèdent dans sa galerie parisienne, il est contraint de cesser son activité industrielle. À travers la reprise de sa fabrique, Pébéo fait l’acquisition de son savoir-faire et accède aux secrets de cet univers. « Après avoir été empâtée dans les malaxeurs à bras, la couleur est affinée sur des broyeuses tri-cylindriques : sa finesse est proportionnelle à la pression exercée sur les cylindres et au nombre de passages. Elle subit ensuite des contrôles qualité en cours de fabrication et avant son conditionnement… » Désormais doté de malaxeurs et autres broyeuses en granit, Pébéo peut enfin se développer dans le secteur de la couleur fine. Dès 1953, la gouache extra-fine à l’huile “Fragonard” est introduite, suivie de la gamme vernis Beaux-Arts. 1953, c’est aussi les débuts de Robert Chaveau, qui intègre officiellement l’entreprise. Il prend le parti d’enrichir l’offre de pigments organiques, inaugurée quelques années plus tôt. Son enthousiasme pour la couleur marquera l’histoire de la maison : de sa fabrication, il parlera d’une “étreinte amoureuse”, où “les solutions filtrées et coulées (…) se fondent l’une dans l’autre pour devenir pigment”.

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■ 1960 : L’aventure textile

1960 accueille une nouvelle révolution Pébéo, avec le lancement de la gamme de peinture pour tissus : “Setacolor”. Jusqu’alors, les rares produits en la matière n’étaient pas au point. En adaptant les pâtes d’impression alors utilisées dans l’industrie textile, Pébéo devient virtuose de la couleur sur tissus et se démarque jusque dans les îles pacifiques. Sous la brise des alizées, les couleurs chatoyantes de Pébéo, constellées de paillettes, de nacre et de fluorescence charment les vahinés qui en ornent leurs paréos. C’est la consécration de la photo-solarisation, un procédé qui consiste à appliquer une couleur diluée sur un voile de coton tendu, avant d’y appliquer des caches de divers motifs. En exposant le tout au soleil, les empreintes apparaissent alors en tons pastels négatifs, contrastant avec les surfaces exposées au soleil, saturées de couleurs.

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■ 1961-1965 : A la découverte de la matière

Incités par le désir de se démarquer de la concurrence, les laboratoires de Pébéo redoublent d’imagination et d’inventivité : gouache ultra-concentrée à diluer, gouache au doigt (“Tactilcolor”), feutre à dessiner, ou encore peintures “Primaires” (inspirées du principe de trichromie d’Isaac Newton)… Ces avancées sont suivies des marqueurs rechargeables, qui exaltent artistes en herbe et confirmés, comme le peintre américain Gordon Onslow Ford, qui passera même par l’usine pour complimenter Robert Chaveau sur leur résistance à la lumière.  À cette époque, Pébéo ne cesse d’étudier la matière, de chercher à en comprendre les propriétés, jusqu’à parvenir à l’imiter. Cette passion sans équivoque conduira les chimistes de la maison à réussir une série de tours de force dans les pratiques ancestrales de la céramique et du vitrail.  Fasciné par les techniques qu’il a découvertes dans les ateliers du peintre et céramiste Salvado, Robert Chaveau développe les premières peintures céramique La Pébéo, dont la résine à la dureté exceptionnelle offre des sous-couches, couvertes et reliefs hautement décoratifs.  S’en suivront les couleurs et vernis vitrail, elles aussi inspirées d’une rencontre fortuite. Non loin de l’usine de Saint-Marcel, un certain Chauvel, alias Frère Antoine, vient à la rencontre de Claudius Chaveau : il est à la recherche d’une solution ingénieuse et peu onéreuse pour les vitraux de son église de la Valbarelle. La collaboration entre les deux hommes mène au développement d’une nouvelle gamme, et Pébéo ajoute une nouvelle corde à son arc. 

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■ 1969 : La conquête graphique

Alors que son département scolaire s’étoffe, La Pébéo désire améliorer la tenue de ses feutres et cherche conseil auprès d’un secteur en plein essor : les studios graphiques. Claude Merle, imprimeur, photograveur et créatif de talent, incite la maison à créer un département Arts Graphiques. Leur collaboration conduira à de nombreuses innovations comme l’encre à dessiner, l’encre de Chine, ou la célèbre “Drawing-gum”, une gomme à dessiner inédite qui rencontre un succès intergénérationnel. C’est aussi les débuts de la gamme pour retouche photos couleur et noir & blanc, qui connaîtra son apogée dans les années 80.

■ 1970 : La Pébéo devient Pébéo

En cette nouvelle décennie, Pébéo garde son ton, mais perd son La. C’est le temps du renouveau. Tout comme l’artisanat a laissé place à la chimie de pointe, le marketing gagne du terrain, et le vent de la mondialisation incite les dirigeants à repenser l’appellation de l’entreprise. Jusqu’alors identifié à une figure féminine et à une affaire familiale, la nouvelle identité de marque permet à Pébéo d’accroître sa visibilité et de repousser ses frontières. 

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